Quelques
précisions avant de débuter des recherches aux Archives
Mener
des recherches en Alsace confronte le lecteur à des spécificités
historiques, religieuses et linguistiques. On peut distinguer
quatre grandes périodes chronologiques.
1. Avant le rattachement de l’Alsace au royaume
de France (1648)
Par
le traité Meersen (870) conclu entre Charles le
Chauve et Louis le Germanique (petits-fils de Charlemagne),
l’Alsace est rattachée à la Francie
Orientale. Ce royaume comprend la partie orientale de
l'ancienne Austrasie, la Saxe, la Thuringe et la Bavière;
il deviendra le royaume de Germanie.
Au
Xe siècle, l'Alsace est incluse dans le Saint Empire
Romain Germanique lors de sa fondation en 962 par Othon
le Grand (936-973).
Elle
en fera partie durant près de sept siècles.
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source
: Carte extraite de DUBY, Georges (dir.).
Grand atlas historique : l’histoire du monde en 520
cartes. Paris : Larousse, 2004.
L’ordonnance
de Villers-Cotterêts de 1539, qui, dans le royaume de France,
instaure l’usage obligatoire du français dans les
documents officiels, ne s’applique donc pas en Alsace, où
les documents sont rédigés en latin ou en allemand.
La province
est morcelée en de nombreux territoires seigneuriaux dont
le manque d'unité est accentué par l'adhésion
de certains seigneurs à la Réforme protestante (vers
1525), tandis que d’autres restent catholiques. En application
du principe cujus regio, ejus religio (un prince, une
foi), les seigneurs imposent leur confession à leurs sujets.
A côté des catholiques, majoritaires, vivent désormais
des protestants, luthériens ou réformés,
qui ont tous leurs paroisses et leurs propres registres.
Les actes
rédigés par les autorités religieuses sont
alors tenus :
• en latin pour les catholiques
• en allemand pour les protestants.
2. Le rattachement
de l’Alsace au royaume de France, en 1648
Avec le Traité
de Westphalie en 1648, l’Alsace est rattachée au
royaume de France à deux exceptions près. Les villes
de la Décapole* jouissent désormais d’un statut
particulier au sein du royaume de France ; la ville de Strasbourg
reste ville libre d’Empire jusqu’en 1681.
Après
1648, l’introduction du français est progressive.
Il est encore fréquent de trouver des actes d’état
civil rédigés en allemand au début du XIXe
siècle. En outre, des communautés israélites
et anabaptistes, plus ou moins tolérées, se développent,
notamment au XVIIIe siècle. Les registres tenus par la
communauté juive sont rares, car avant la Révolution
française, les Juifs ne sont pas sujets du roi. À
ce titre, le pouvoir ne leur impose pas la tenue de registres
équivalents aux paroissiaux chrétiens.
Les registres
paroissiaux continuent, quant à eux, d’être
tenus en latin par les curés, et en allemand par les pasteurs.
*
La décapole, formée en 1354, est composée
des villes suivantes : Wissembourg, Haguenau, Rosheim, Obernai,
Sélestat, Kaysersberg, Colmar, Munster, Turckheim et, un
temps, Mulhouse.
3.
L’Annexion de 1871
Après
la défaite française face à la Prusse en
1870, l’Alsace et la Moselle sont rattachées au IIe
Reich en 1871.
Conséquences
:
• Les
actes administratifs sont progressivement rédigés
en allemand, le passage d’une langue à l’autre
n’étant pas immédiat.
• L’état civil est tenu « à l’allemande
», c'est-à-dire sans mentions marginales. Il est
rédigé en allemand gothique. Cette graphie se distingue
de l’écriture romane, surtout en cursive.
Deux exemples
d’écriture cursive en caractères gothiques
:
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Kurrentschrift |
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Sütterlin |
Reproductions
des écritures extraites de : Der Sprach-Brockhaus.
Deutsches Bildwörterbuch für jedermann. Leipzig
: Brockhaus, 1935 (consultées sur http://perso.univ-lyon2.fr/~poitou/EON/gothique.html).
L’organisation
administrative introduite par l’Annexion a des incidences
sur les documents conservés aux Archives départementales,
ainsi que sur le cadre de classement.
4.
Les deux guerres mondiales
Après
la Première guerre mondiale et le retour de l’Alsace
à la France, la législation française est
réintroduite peu à peu par le biais du Commissariat
général de la République, fonctionnant entre
1918 et 1921. Dès 1918, le français redevient langue
officielle.
Après
l’armistice de juin 1940, l’Alsace est annexée
de fait par le IIIe Reich. L’administration française,
maintenue, se replie en Dordogne et une partie des documents est
évacuée vers le Sud-Ouest de la France. Les services
concrètement en charge des affaires de la région
relèvent cependant de l’administration allemande.
L’administration allemande mise en place est dirigée
par le Gauleiter. Elle rédige évidemment ses documents
en allemand. Les Archives départementales conservent actuellement
les dossiers de la Préfecture réfugiée à
Périgueux, de même que les dossiers du Bezirkspraesidium,
l’équivalent allemand de la Préfecture du
Bas-Rhin.
Dernière mise à jour : 17 octobre
2008